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Publié par Claire B

Allaiter n'est pas une aliénation (le maternage non plus)

Je lisais l'autre jour un article, dans un journal parental, sur une femme qui ne souhaitait pas allaiter.

Choix tout a fait légitime, soit, l'important est une maman à l'aise dans ses baskets et il y a de multiples manières de bien faire.

Cependant elle citait Elisabeth Badinter, "le Conflit, la Femme, et la Mère", et, c'est la que je tique...

Elle expose la théorie que l'allaitement (et le maternage, par extension) présenterait un danger pour la femme et son intégration sociale. Que la mère, soumise à son bébé, serait aliénée par celui-ci et le don de soi. Elle revendique être une "mère mediocre".

Je ne la rejoins pas. Son propos me choque. Je suis d'accord avec la théorie du libre arbitre, du choix du mode de fonctionnement, d'alimentation, d'éducation mais pas avec une théorie qui donc, tire à boulets de canon sur une manière de procéder : le "naturalisme", plus communément le maternage.

Je ne ressens aucun rapport de soumission ou de domination dans les rapports à mes enfants. Je donne de moi, ils me donnent. Je ressens donc un échange et non pas une soumission gratuite et opprimante. Oui, la maternité comprend des renoncements mais la maternité est un choix, on en assume donc les conséquences au même titre qu'on assumerait les conséquences de tout autre acte. C'est dans l'ordre des choses.

L'allaitement n'isole pas, ne soumet pas. Oui l'allaitement à la demande suppose une disponibilité mais une disponibilité consentie par la maman, et également moins de stress que quand on chronomètre et veut imposer un rythme (ce qui peut tenir de la bataille). En plus, bébé, en demandant à téter ne cherche pas un rapport de domination quelconque : il a faim.

On peut également allaiter et travailler. On peut, à ce titre, souhaiter une meilleure intégration de la mère allaitante au travail, d'ailleurs.

On peut allaiter sans s'isoler. On peut allaiter discrètement, pour parer aux éventuels regards inappropriés.

Madame Badinter défonce l'idée d'une mère parfaite. En revendiquant sa médiocrité maternelle elle met donc en opposition biberonnante, et maman allaitante (en raccourcissant tout de même quelque peu son propos). Qui a dit que la mère allaitante était plus parfaite qu'une autre ? Les qualités du lait maternel sont indéniables, médicalement. On ne parle pas ici de conceptions sociologiques ou philosophiques. Cependant un enfant nourri au biberon ne sera pas pour autant mal nourri.

Je suis une maman maternante : écharpe de portage, bio, allaitement et cie. C'est mon choix, j'en suis convaincue. Convaincue d'essayer de donner le meilleur a mes enfants. Ce n'est pas pour autant que je suis parfaite, inébranlable mais pas pour autant non plus que je ne suis pas parfaitement intégrée socialement et épanouie.

Les choix que je fais ne résultent pas de manipulations mentales quelconques. Faire le choix du bio, c'est tout bêtement choisir une alimentation avec moins de pesticides et donc, moins cancérigène.

Je ne dis pas que mes choix préserveront de tous risques, je fais ce qui est dans la mesure, ce qui est motivé par mes lectures et mes connaissances.

Aimer ne veut pas dire se soumettre. Le don gratuit de soi ne veut pas dire l'aliénation.

Madame Badinter, ne se laisse aliéner que celle qui conçoit l'aliénation dans sa tête.

S'il est une aliénation elle est mentale et pavée de préjugés comme ceux que vous véhiculez, par conviction ou frustration personnelle, d'ailleurs.

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Saul 04/03/2014 17:06

Mme Badinter reste intéressante pour sa conception de la femme, qui n'est pas définit par sa fonction mais comme un individu à part entière.
Par contre, et là, je vous rejoins, ses prises de positions sont parfois radicales et dépassent le cadre de la position de la femme, de l'égalité homme-femme. Est-ce une provocation volontaire ? Parfois je me demande tant c'est caricatural.
Et au passage, un petit témoignage : non, je ne pense pas qu'allaiter soit une alinéation, quand c'est fait librement. Le problème est quand vous vous sentez obligée d'allaiter : on vous traite de mauvaise mère, on vous demande de vous justifier, quand vous ne souhaitez pas allaiter, même pas un tout petit peu. A l'heure où le droit des femmes à disposer librement de leur corps est remis en question de manière inquiétante (l'Espagne n'est qu'un exemple), je demande à ce que les femmes puissent allaiter, ou pas, sans qu'on leur pose de questions. Dans le cas contraire, on peut parler d'aliénation : peut-être est-ce cela qu'il faut comprendre des prises de position, peut-être maladroite, de cette grande défenseuse de la femme, en tant qu'individu à part entière ?