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Publié par Claire B

L'allaitement long est tabou, du moins, en France. Et bien souvent il a bon dos : incestueux pour les uns, refus de grandir ou laisser grandir pour d'autres ou encore trop grande dépendance...

J'allaite longtemps. Pour ma part, j'ai allaité Louloute 18 mois, et j'en suis heureuse. Je souhaitais parler de ce sujet pour couper court à tous les discours que que j'ai pu entendre et qui me font hérisser le poil ! Je parlerais ici de mon expérience avec Louloute puisqu'avec la Chaperonette, le processus est en cours et j'ai donc moins de recul.

Quid de la dépendance ? Alors ne soyons pas hypocrites, bien évidemment bébé à besoin de maman qui "produit" le lait. Mais o bonheur : le tire lait existe ! Et il suffit d'attraper le coup de main pour recueillir une quantité raisonnable.

Bébé prenait-il le biberon ? Ça dépendait avec qui. Pourquoi : la tétée, plus que simplement un repas, c'est un câlin partagé, c'est dans les bras de maman (et non pas posé dans un transat), c'est de la sécurité et du bonheur partagé. Alors loin de tout ça, à la crèche, ça n'a pas marché, parce que Louloute aurait peut-être bu, pris au bras mais pas posé, comme ça, comme un petit paquet. Par contre avec Mamy ou ma meilleure amie, aucun souci !

Que bébé refuse par contre le biberon dans les bras de maman, ou quand elle est dans les parages, rien de surprenant, parce que le contact tétine et sein n'est pas le même. Et bébé sait déjà, même petit, ce qu'il préfère. Pour faire des raccourcis c'est comme avoir le choix entre un dîner basique et un dîner aux chandelles avec les petits plats dans les grands, on saurait aussi ce qu'on préfère non ?

Après, Louloute à toujours été un bébé sociable, il passait facilement de bras en bras et l'allaitement ne l'a pas empêché, bien loin de la, de s'intégrer en société.

Qui plus est, que bébé ait besoin de sa mère avant 6 mois, c'est pas un scoop ! Nous ne sommes pas des nidicoles qui, une fois l'oisillon dans le nid, nous éloignons chercher à becqueter.

On en vient à une aberration du système français : la reprise du travail aux deux mois et demi de l'enfant, quand bébé n'est encore qu'un tout petit pioupiou.

Une fois de plus, quand on regarde côté Nordique ou au Québec, on reste songeur...

Et quand je parlais d'avant 6 mois, c'est parce qu'à 6 mois, on dégaine la botte secrète : le laitage ! (Infantile ou non, c'est un autre débat).

Quid du soi-disant côté incestueux ? Ok, notre société a un rapport érotique à la poitrine féminine. Mais dans la cas de l'allaitement long on parle de maman et d'enfant en bas âge, pas d'adultes se livrant à des jeux plus ou moins coquins. L'enfant, a part en cas d'eveil injustifié à la chose n'est pas capable de saisir cette érotisation du sein. C'est ni plus ni moins qu'un moyen de se nourrir, au même titre qu'une cuillère ! On est bien capable de concevoir la dualité des choses, pourquoi jouer les abrutis quand on parle d'allaitement.

Dans mon cas, je ne connais pas l'allaitement long au-delà de l'âge bébé mais je reste néanmoins convaincu que jusqu'au sevrage naturel, il n'y a rien d'incestueux à la chose. Maintenant, je pense qu'une fois que l'enfant mange de tout et de façon équilibrée, le rapport à la chose peut être modifié. Au même titre, qu'on sèvre du biberon on peut sevrer du sein. Stopper l'utilisation d'un moyen au profit d'un autre. Mais jusque 3 ans, tout personnel du corps médical met en avant les besoins en terme de lait de l'enfant l'OMS va jusqu'à recommander l'allaitement jusque 24 mois !

Quid de la pudeur ? Si pour moi l allaitement n'est pas une pratique à lorgner d'un regard glauque ou d'un œil accusateur, il n'est pas non plus lieu à faire étalage de viande. Allaiter son enfant c'est un partage entre l'enfant et sa mère et pas besoin d'exposer la chose à la vue de tous. On dégaine son lange, son écharpe et on fait ça en toute discrétion et en tout lieu. On masque simplement ce qu'il y a à masquer.

Pourquoi j'allaite longtemps ? Parce que je suis convaincue que mon lait, conçu pour mon enfant est ce qu'il y a de meilleur. C'est produit spécifiquement selon ses besoins à lui, ça s'adapte au fil de l'âge. Comme par magie. Il n'y a besoin d'aucunes supplémentations en vitamines ou autres, sous réserve d'une alimentation équilibrée de la mère, c'est un aliment complet !

Parce que je suis convaincue que si la mère est dotée de ce moyen physique, ce n'est pas pour qu'elle cherche à l'ignorer. Ceci étant, je conçois qu'on n'ait pas envie d'allaiter et conseille avant tout de faire le choix qui nous convient personnellement. Une maman heureuse et épanouie c'est ça qui compte. Et puis des fois, des galères font arrêter l'allaitement plus vite que souhaité.

Et puis dans mon cas, l'allaitement est également un capital sécurité : un bobo, un pleur, j'ai toujours un moyen de calmer mon petit loup a portée de main. Je ne dis pas que ça marche systématiquement mais dans la plupart des cas tout de même. Hasard ou non, j'ai deux bébés qui n'ont quasi jamais pleuré. J'ai deux bébés qui, au-delà de soucis d'endormissement nocturne pour le premier ou de sommeil agité encore pour celui-ci, étaient capables de dormir en tout lieu, dans les bras de maman, avec la tétée. Et même avec un bruit environnant.

Après il y a l'argument santé : une succion qui ne fait pas de dégât, pas de syndrome du biberon (même si beaucoup de professionnels font l amalgame entre biberon et sein, mais le lait maternel coule directement en fond de gorge et n'affecte pas la barrière dentaire). Un aliment complet. Moins de risques d'obésité infantile. Moins d'allergies déclarées chez le bébé. Une diminution des risques de cancer du sein ou de l'ostéoporose chez la femme... La nature est tout de même bien faite.

Après, oui, l'allaitement long coûte. J'y perds du poids et de l'énergie. Mais, pour moi, il est dans l'ordre des choses qu'avoir un enfant coûte un tant soit peu à un parent. Devenir parent, c'est faire le choix de ne plus vivre que pour soi. Être parent est un chemin pavé de certaines difficultés et heureusement parce que c'est ainsi qu'on se forme et qu'on se construit dans nos identités respectives.

On peut également se poser la question de la place du père ? Je pense que la nature nous a fait homme et femme et que l'un et l'autre ne donnons pas la même chose à une enfant mais donnons des choses de même valeur et importance. Arrêtons de vouloir gommer ses identités sexuées. Un homme est égal en valeur à une femme mais un homme n'est pas une femme et vice versa.

Dans le cas du sevrage de Louloute, j'aurai voulu poursuivre jusque 24 mois mais Papa a amorcé le processus plus tôt : néanmoins, normal que Papa ait droit de parole en matière d'éducation de le progéniture. L'allaitement, passé la diversification, était un bonus mais plus un impératif à l'équilibre de mon petit loup.

Mais je crois que le papa, même dans l'allaitement du tout-petit peut avoir sa place, en allant chercher ou coucher l'enfant, en soutenant sa compagne dans son choix. Et puis la relation peut s'instaurer au-delà de l'acte nourricier, tordons le coup aux idées reçues : un bébé fait autre chose que manger, caca, dodo.

Pour celles qui se posent la question du comment de l'allaitement long : il est vrai, j'ai eu la chance de reprendre le travail aux 6 mois de Louloute et donc ma lactation était bien en place. J'ai également eu la chance de reprendre le travail à mi-temps mais, en tirant son lait, en donnant le soir et le week-end on peut poursuivre son allaitement a la reprise du travail. En donnant aussi souvent que possible et que bébé en a envie quand on est en présence de son enfant.

L'allaitement long est moins contraignant que l'allaitement des premiers mois, la lactation mise en place plus de surproduction, plus d'engorgement, de douleurs, les choses deviennent plus faciles et évidentes.

J'espère avoir réussi à lever des silences sur l'allaitement long. C'est avant tout une affaire de choix mais au même titre qu'élever l'allaitement en lieu saint n'est pas la démarche à suivre (même si personnellement, c'est comme ça que je le conçois dans mon propre vécu), je souhaiterai cesser d'entendre et de voir se perpétuer les discours et leçons de morale culpabilisantes auxquelles j'ai pu être confrontée jusque lors.

Présentons nous : histoire d'un allaitement long, le pourquoi, le comment...

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