Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Claire B

Une école sans notes : pourquoi pas ?

Un des récents débats médiatiques autour de l'école tournait autour du sacro-saint sujet des notes.

Et qu'on en mettra plus et qu'on en mettra quand même.

Comme si le principe même d'éducation résidait dans cette idée d'évaluation par les notes.

Notre système français est, au vu d'évaluations PISA (évaluations européennes) le système qui génère les enfants les plus stressés.

Certains me tiendront peut-être le discours que ce même stress serait un émulateur, positif ou je ne sais quoi.

Personnellement, et ce de plus en plus en plus depuis que j'enseigne en classe d'inclusion scolaire, je tente d'écarter la tension des apprentissages.

Il semble tout à fait français de considérer qu'apprendre tiendrait du sacerdoce, de la contrainte. En gros si ca ne coûte pas un peu, l'enfant apprendra rien ou serait une feignasse.

On nous rebat les oreilles à base de système nordique par ci et par là. Sauf que, on prend ce qu'on veut bien et on en écarte certainement l'essentiel.

Notre système fonctionne sur la base d'un âge auquel telle ou telle compétence devrait être acquise. Avec de multiples paliers d'évaluation. Pour viser le fameux "socle commun de competences".

Le système nordique a cette même idée de socle à atteindre, ce seuil à franchir en fin de parcours sauf que l'enfant apprend quand il est prêt à apprendre.

Il ne lit pas à 6 ans parce que c'est l'âge fixé mais quand il y est prêt.

Montessori appelait ca, les périodes sensibles.

Au final le niveau obtenu fin de parcours est tout à fait honorable. On est même à la ramasse derrière.

Pourtant...pas de notes...

Un taux d'encadrement autre que chez nous. Des classes qui fonctionnent comme des groupes ou différents âges sont mêlés. (Je parle plus précisément du modèle finlandais).

Ce modèle pro-notes qu'on a chez nous fonctionne également sur la base que l'enfant n'est pas capable de se motiver autrement que par la bonne note.

Alors je ne dis pas que la bonne note ou remarque positive soit mauvaise en soi et ne stimule en aucun cas. Mais elle ne doit pas être une finalité en soi.

Maria Montessori, une fois de plus, considérait que l'enfant avait naturellement plaisir à apprendre et se mettait naturellement dans la posture de l'apprenant. Il n'y a qu'à voir le petit bébé, qui, dès son plus jeune age, observe, imite, apprend les balbutiements du langage.

Et c'est au cœur de cela que je voudrais en venir. Le débat des notes est pour moi un brasage de vents.

L'efficacité de l'école n'y résidant pas.

Je m'explique.

Pour qu'un système d'évaluation soit plus performant, il me semble qu'il faudrait qu'on favorise un modèle selon lequel l'enfant est au cœur de ses apprentissages : il se stimule en se plaçant en référence interne, ce que Daniel Favre, explique dans son livre (une mine d'or) Cessons de démotiver les élèves.

Kesako ? En gros l'enfant apprend à se motiver par lui-même, et par le plaisir d'apprendre, attesté par la sécrétion d'endorphines (Daniel Favre décrit le fonctionnement du cerveau dans les apprentissages).

Il n'apprend plus que pour avoir la récompense, la bonne note, la validation de l'adulte mais aussi parce qu'il en éprouve lui-même l'envie et le plaisir.

Oui, mais y a des enfants qui auront jamais envie d'apprendre, pouvez vous penser ?

Valider ce postulat serait partir d'une perception bien négative de l'enfant et de l'être humain en général, qui serait donc naturellement fainéant.

Je ne pense pas qu'un enfant si le mode d'apprentissage lui est adapté rechigne à apprendre. En passant également par plus de jeu, des activités plus autonomes, des exposés, des sorties etc. l'enfant s'en rend moins compte mais il apprend.

Exemple : l'orthographe plutôt que par la stricte dictée peut être travaillé via la dictée muette (l'enfant recompose les mots avec modèle, puis sans modèle avec référent image, puis s'autocorrige en regardant au verso de l'image).

Les maths peuvent être travaillées par les manipulations, les opérations par des cartes de calcul à remplir avec réponse au dos (les Cartatoto sont très bien faites).

Je ne donne que des exemples et il existe bien évidemment de multiples activités.

L'adulte ne devient plus le dieu tout-puissant enseignant mais un guide qui observe attentivement, explique, et évalue mais en retrait.

L'enfant n'attend plus que le couperet tombe d'en haut mais apprend à se connaître, s'évaluer et à se fixer des objectifs.

Bien évidemment que l'enseignant ne devrait pas pour autant être passif, bien évidemment qu'un suivi et une évaluation doit subsister mais pas une évaluation par la sanction de la mauvaise note (ou mauvaise remarque qui produit le même effet).

Bien évidement que l'enfant peut également évoluer à certains moments en référence externe (par envie du compliment, estime pour le modèle enseignant...). C'est comme tout, il s'agit d'un savant dosage des deux postures d'apprentissage.

Et le jeune enfant aura plus besoin de l'adulte que l'adolescent qui glissera naturellement, si les conditions sont réunies, vers la référence interne.

L'école ne devrait donc pas se bâtir sur le principe des notes mais sur la connaissance de l'enfant. Prendre ce même enfant comme pivot du système.

Faire confiance à cet etre en devenir programmé pour grandir et apprendre.

Évaluer devrait vouloir dire attester de la connaissance de l'enfant et via cette même connaissance le guider vers plus afin d'atteindre le seuil final.

Après, je suis bien d'accord que nos classes blindées ne rendent pas la tâche facile et cette donnée devrait être prise en compte.

Mais je suis convaincue que le monde enseignant doit faire l'effort de se poser les bonnes questions, de ne pas se contenter d'avancer sur ses acquis, prendre la mesure de la mutation de la société.

Je ne sous-entends pas là que le monde enseignant ne le fasse déjà.

Mais souhaiterais simplement qu'on lui en donne plus les moyens...

Une école sans notes : pourquoi pas ?

Une conférence de Claire Blondel tout à fait intéressante autour de l'éducation positive.

Commenter cet article

Marcus D 08/05/2015 18:27

C’est un article très intéressant et je suis d’accord qu’avant toute chose, il faut donner à l’enfant le plaisir d’apprendre.